La cours des comptes s’attaque à notre modèle social – Episode 1

Zoom sur les attaques de nos rémunérations

La cour des comptes reconnaît en préambule l’ampleur des défis à relever par l’Entreprise avec, entre autres, la prolongation du parc nucléaire, la construction des EPR2, ou encore le développement de l’hydraulique : Il est donc reconnu que EDF doit recruter, former et fidéliser.

Pourtant, à lire les treize recommandations formulées par la Cour des comptes (p6 du rapport en PJ), les salariés coûteraient trop cher et il faudrait serrer la vis… rien de bien nouveau direz-vous, car la Cour des comptes répète ce refrain depuis 2013. En septembre 2025, un rapport de la Cour des comptes, consacré au modèle économique d’EDF, s’attaquait – comme il se doit – au statut des IEG, considéré comme une particularité qui « pèse sur le bilan financier », en pointant notamment le coût du tarif agent.  

Ce qui change cette fois, c’est la précision et l’étendue du tir. La plupart des droits sociaux des agents sont visés : forfait jours, compte épargne-temps, grille de rémunération, primes, temps de travail, régime de retraite, tarif agent… tout y passe !

En résumé, EDF doit réussir un programme industriel historique, mais la solution proposée consiste à affaiblir la rémunération globale, sous toutes ses formes, de celles et ceux qui sont chargés de le réaliser.  La Cour des comptes reconnaît pourtant que le modèle social actuel favorise la fidélisation et relève que le taux de démission est particulièrement faible.

Mais cela ne l’empêche pas de proposer de réduire les garanties qui participent à cette stabilité… La cohérence attendra sans doute un prochain rapport !

Pour la CGT, nous, agents, constituons la première richesse d’EDF.

Sans les travailleuses et les travailleurs qui portent chaque jour leurs qualifications, leur expérience et leur engagement au service des usagers, il n’y a ni sûreté, ni sécurité, ni qualité de service, ni innovation.

Cette force de travail doit être correctement rémunérée, notre santé préservée.

Un service public de l’électricité de qualité repose sur des moyens humains suffisants, des collectifs solides et une reconnaissance à la hauteur des responsabilités exercées.

La Cour des comptes propose d’alléger la barque financière en jetant les garanties sociales par-dessus bord. Pourtant, ces garanties donnent justement à l’équipage les moyens de tenir le bon cap.

Le rapport de force que nous serons capables de construire, « tous ensemble », dans les prochains mois, décidera de l’avenir de nos conditions sociales de travail : salaire, tarif agent, grille, temps de travail, CET…

La CGT appelle l’ensemble des agents à s’inscrire dans la journée de grève et de mobilisation intersyndicale du mardi 15 septembre pour faire entendre une voix commune.

Un collectif qui se lève est beaucoup plus difficile à contourner.

La CGT vous propose une analyse détaillée, en plusieurs épisodes, du contenu du rapport de La Cour des comptes consacré à la gestion des ressources humaines d’EDF, sorti début juillet.

Episode 1 : Zoom sur les attaques sur nos rémunérations :

La première recommandation demande de limiter les augmentations salariales, en particulier les augmentations générales, selon la situation économique d’EDF.

Tout d’abord, cette logique transfère directement les conséquences des décisions industrielles, réglementaires et financières vers les salariés alors que ces décisions relèvent des directions, de l’État et des pouvoirs publics.

De plus, le salaire rémunère de manière sûre et pérenne une qualification, des compétences, des responsabilités ; il donne en outre droit à tous les conquis de notre sécurité sociale puisque des cotisations dites « salariales » et patronales » y sont adossées : régime santé, retraite, etc…

En conséquence, une augmentation générale bénéficie à tous et consolide durablement la rémunération et par conséquent, le financement de la sécurité sociale.

Mais, la Cour des comptes, fidèle au modèle libéral de notre gouvernement, préconise de développer la part variable qui dépend d’objectifs fixés par la direction avec un montant qui évoluerait fortement d’une année à l’autre et varierait selon les métiers, les unités ou les appréciations managériales.

Pour tous les agents, cette évolution signifierait davantage d’objectifs individuels, de comparaisons entre collègues et de décisions difficiles à expliquer aux équipes pour les managers….

Le but est, bien sûr, de réduire, en moyenne, la rémunération des salariés, avec à la clé, de substantielles économies pour la direction, sur le dos des agents à qui l’on demande toujours plus sans augmenter leur salaire, même à la hauteur de l’inflation…

La Cour souhaite réviser la grille de rémunération des IEG qu’elle juge ancienne et « insuffisamment différenciante ».

Notre grille salariale sert pourtant de repère commun. Elle permet une égalité de traitement entre les agents en termes de reconnaissance des qualifications, organise les évolutions de carrière et encadre les décisions de l’employeur.

Une grille plus « souple » offrirait davantage de marge à l’arbitraire dans les décisions salariales des directions.

La rémunération dépendrait plus fortement du budget local, de la politique de l’unité et de l’appréciation du responsable hiérarchique de chaque agent : une individualisation renforcée aux dépens des collectifs de travail mais aussi de la qualité du service public.

La Cour recommande d’accroitre la part variable de la rémunération et de renforcer la différenciation des primes.

Encore un autre vecteur de précarisation des agents puisque la prime est révisable tous les ans : plus de pression, plus de stress pour les agents, sans compter qu’en cas d’absence pour maladie par exemple, la prime saute !

Augmentation de l’individualisation qui fragilise chaque agent mais aussi les collectifs de travail, pourtant essentiels à la réalisation des missions industrielles.

C’est aussi à la clé une perte de financement pour la sécurité sociale, avec des pertes de droits pour les agents…

Le tarif agent (avantage énergie) encore une fois dans le viseur

La Cour propose de réduire progressivement l’avantage en nature énergie, notamment en plafonnant les consommations prises en compte.

Elle recommande aussi d’augmenter fortement son évaluation fiscale et sociale. Les conséquences concrètes seraient une hausse des cotisations, l’augmentation du revenu imposable et une nouvelle réduction du pouvoir d’achat. Cet avantage énergie appartient de longue date à la rémunération globale des salariés des IEG et les employeurs le présentent d’ailleurs comme un argument d’attractivité lors des recrutements.

La CGT a déjà largement alerté sur cette menace, la plus immédiate puisque le ministère de tutelle a interpellé les organisations syndicales sur ce sujet même avant la sortie officielle du rapport de la CDC !

C’est un symbole auquel ils s’attaquent de nouveau en s’appuyant sur les grands médias qui ont abondamment relayé la rengaine bien connue des avantages « exorbitants » – adjectif employé par la Cour des comptes – des agents des IEG : une stratégie pour favoriser la division entre travailleuses et travailleurs…

Bref, ce rapport repose sur une vision libérale poussée à l’extrême qui ne peut qu’engendrer dégradation du pouvoir d’achat et des conditions de travail de tous, mais aussi fiasco industriel…

Nos droits sociaux n’y sont regardés qu’au travers d’un prisme financier… et nous notons aussi son caractère déformant !

En effet, même dans ce rapport apparaissent des données qui illustrent que la part des salaires des agents EDF dans la valeur ajoutée produite par l’entreprise est faible, plus faible qu’ailleurs dans le groupe ou à l’externe du groupe (pages 32-33 du rapport). Un graphique (page 28 du rapport) montre aussi que l’évolution moyenne de la rémunération des agents est identique à celle du secteur privé.

Le PDG lui-même reprend cette dernière information dans un courrier adressé à la cour des comptes début juin.

 

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