Sortir de l’impuissance face à la crise climatique
Organisons-nous collectivement et sortons de la loi mortifère du marché !
Nous sortons tout juste d’une nouvelle vague de chaleur, la deuxième de l’année, exceptionnelle par son intensité et sa durée, alors que nous ne sommes encore qu’au mois de juin.
Le gouvernement a une nouvelle fois fait étalage de sa déconnexion d’avec le monde réel et de son mépris pour les travailleurs, par la voix du ministre du travail, M. Farandou, qui estime qu’« On ne peut pas arrêter la France à partir de 30 °C » !
- Farandou n’a sans doute pas eu trop de difficulté à s’adapter à la chaleur suffocante qui s’est abattue sur le pays.
Mais il n’en est pas de même pour nous et nos collègues, comme pour l’ensemble des travailleurs du pays, qui perçoivent très clairement la violence qui s’exprime à travers ces déclarations.
Outre le procès permanent en fainéantise, typique du discours libéral, que l’on décèle en sous-texte, ces propos nient tout simplement la réalité très concrète que nous avons vécue durant les deux dernières semaines :
- difficulté d’organisation pour les jeunes parents avec la fermeture des écoles et des crèches, mais aussi pour les salariés aidants ou ayant dans leur entourage des personnes âgées ou vulnérables ;
- difficultés d’accès aux soins du fait, par exemple, de l’engorgement des services d’urgence alors que les fortes chaleurs génèrent de nombreux risques pour la santé, notamment des plus fragiles ;
- difficultés également dans les transports et sur les lieux de travail où une écrasante majorité des salariés ont été exposés à des conditions particulièrement difficiles, mettant souvent en danger leur santé et leur sécurité : déficit de sommeil, fatigue intense, difficultés de concentration, irritabilité, malaises physiques,…
Qui peut croire qu’il est possible de continuer à travailler normalement dans de telles conditions ?
Ce n’est manifestement pas la préoccupation de M. le ministre du travail.
Après avoir martyrisé les services publics les plus essentiels jusqu’à les rendre incapables d’assurer pleinement leurs missions – à plus forte raison lors d’une canicule aussi sévère que celle que nous venons de traverser, nos gouvernants se lavent les mains des conséquences catastrophiques de leurs décisions et des difficultés qu’elles font peser sur les salariés et leurs familles.
Comme toujours au service des entreprises et de leurs patrons, la situation ne leur inspire rien d’autre que cette réponse cinglante : « au boulot ! »
Dans ce contexte, la CGT tient à réaffirmer que le rôle de nos employeurs, à EDF comme partout ailleurs, n’est pas de faire en sorte de nous maintenir au travail coûte que coûte, mais de préserver la santé et la sécurité de chaque salarié.
Il s’agit d’une obligation légale qui doit primer sur toute autre considération.
C’est pourquoi la CGT revendique que des jours d’absence rémunérées soient reconnus pour tous les agents qui se sont trouvés empêchés de travailler et que le planning de travail soit relâché en conséquence.
Mais au-delà des questions directes de santé et de sécurité au travail, la récente canicule a mis en évidence de nombreuses carences de notre organisation à l’échelle de la R&D.
Pour s’adapter à de telles perturbations, une organisation saine et efficiente ne peut en aucun cas faire l’économie de capacités supplémentaires.
Un allègement de la charge de travail globale qui pèse sur chacun d’entre nous et nous met constamment sous tension serait nécessaire, ainsi qu’une meilleure répartition de tâches et donc, bien évidemment, davantage de moyens humains.
Oui l’augmentation des effectifs est aussi une partie de la solution face aux épisodes de canicule comme celui que nous venons de traverser et qui ne manqueront pas de survenir de nouveau, peut-être même à très court terme.
La gestion de l’urgence en période de crise caniculaire n’est, du reste, pas le seul aspect du problème structurel que cette période a révélé.
Car ce qui ne manque pas de frapper chacun d’entre nous, c’est l’impréparation et l’absence de stratégie de long-terme pour gérer de tels épisodes.
Un exemple suffit pour illustrer cette myopie dans la gestion de notre R&D et plus globalement cette incapacité à prendre en compte de manière cohérente le changement climatique. Un réseau de climatisation a été installé durant l’hiver dernier au bâtiment S du site de Chatou, véritable passoire énergétique, sans qu’aucune amélioration de son isolation n’ait été réalisée. Un comble pour une entreprise qui prétend être un leader de la transition énergétique !
Ce bâtiment n’a rien d’une exception : de nombreux autres bâtiments fort vétustes de Chatou et des Renardières ont été équipés à la hâte de climatiseurs sans qu’aucune mesure sérieuse d’efficacité énergétique n’ait été mise en place.
Dans le cas du bât. S, cette aberration est d’autant plus regrettable que le système installé fonctionne particulièrement mal puisque certains bureaux sont alimentés par un air glacial, tandis que d’autre ne reçoivent que de l’air chaud ; sans compter les multiples défauts d’installation qui provoquent des fuites parfois très importantes venant des faux-plafonds, dans lesquels passent également les réseaux électriques et internet…
Dans de pareilles circonstances, mieux vaut ne pas compter sur la DIG pour traiter avec diligence ces dysfonctionnements ! Au contraire cette situation à une nouvelle fois occasionné une série de demandes d’interventions qui n’ont pas tardé, comme nous y sommes malheureusement habitués, à être clôturées sans qu’aucune solution satisfaisante n’ait été apportée au problème ni qu’aucune information n’ait été fournie aux équipes.
Une illustration de plus de l’inefficacité totale de la cascade de sous-traitance qui nous est imposée à travers la gestion des sites par la DIG. Il est donc clair que la réinternalisation de ces services, qui serait une nécessité dans le travail quotidien de nombre d’entre nous, est également une nécessité pour être en mesure de gérer efficacement les crises à venir.
Cette organisation kafkaïenne, le manque de moyens humains, l’incapacité à se projeter sur le long-terme, tous ces effets ont une cause que nous connaissons tous. Il s’agit bien évidemment de la libéralisation du secteur énergétique et la soumission d’EDF au marché de l’électricité et à la loi du profit, qui pousse en permanence nos directions à faire des économies sur le dos des agents et des usagers, et sape nos capacités à préparer efficacement l’avenir du service public de l’électricité.
Cette organisation par le marché a conduit à une explosion des prix et un déficit chronique d’investissements, le tout avec des conséquences de plus en plus graves sur notre économie et notre vie de tous les jours.
Or si une gestion par le marché, aussi absurde soit-elle, a été mise en place de force, c’est qu’il s’agit d’un dogme universel et intangible aux yeux de nos gouvernements.
Et il en va de même en matière d’adaptation climatique. Nos gouvernants, à l’image du président Macron, qui continue de prétendre qu’il était impossible de prévoir que nous aurions à faire face à une telle situation, alors que la communauté scientifique alerte depuis des décennies sur le changement climatique en cours, n’ont qu’une seule réponse face à ces alertes : le marché, encore le marché, toujours le marché.
Qui peut encore croire que ce sacro-saint marché concurrentiel, qui impose une course au profit effrénée, permettra un jour de réorienter nos activités économiques vers la décarbonation et l’adaptation aux contraintes induites par le réchauffement global ? Seule une prise en charge collective de ces questions sera en mesure d’organiser collectivement cette nécessaire transition.
Un tel changement ne pourra advenir qu’à travers une intervention directe, massive et planifiée de la puissance publique dans l’économie.
Seule une prise en charge collective de ces questions sera en mesure d’organiser cette nécessaire transition.
Nous, travailleuses et travailleurs, savons collectivement ce dont nous et nos proches avons besoin.
Nous n’acceptons plus de nous en remettre à ceux-là mêmes qui n’ont fait que nier et aggraver la crise climatique, arc-boutés sur leur dogme néolibéral.
N’attendons pas plus longtemps une chimérique prise de conscience de la part de ceux qui nous gouvernent et n’ont, au fond, pas intérêt au changement.
Organisons-nous par nous-mêmes pour l’avenir et le bien de tous. C’est ainsi que nous nous donnerons les moyens de surmonter cette crise d’une ampleur inédite.
Nous, CGT, entendons y prendre toute notre part et invitons tous nos collègues à nous rejoindre pour bâtir cette organisation collective des travailleurs.
Rejoignez-nous, adhérez, pour renforcer la CGT EDF R&D, agir et peser ensemble sur les décisions.
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