L’accès à l’énergie, un droit oublié ?

L’accès à l’énergie, un droit oublié ?

Puisque climat et questions énergétiques sont indissociables, la question de l’accès à l’énergie pour tous est une responsabilité internationale.

3eme pageLe 21 octobre dernier, l’association Droit à l’énergie-SOS Futur (dont la FNME-CGT est adhérente) organisait à Paris un colloque intitulé « COP 21 : le droit à l’énergie pour tous, un droit oublié ? » Un questionnement à quelques semaines de la conférence de Paris sur le climat d’autant plus crucial et important qu’il se pose comme une équation dont les deux paramètres seraient indissociables. Comment en effet réduire de moitié, d’ici à 2050, les émissions de gaz à effet de serre tout en faisant face, sur la même période, à un doublement de la demande énergétique mondiale ?

L’accès à l’énergie, le développement durable et le changement climatique ne sauraient être dissociés. En effet, comme le rappelait Richard Perrault, président de l’ONG, l’ONU a reconnu que « sans énergie aucun des huit objectifs pour le Millénaire ne pourra être atteint. » Un constat redoublé par Mustafa Kadi, administrateur nigérien de l’association, qui précisait que « la question du droit à l’énergie est un grand oubli de la COP 21. »

Inégalités

Or l’accès à l’énergie conditionne l’accès à un certain nombre d’éléments fondamentaux (cuisson des aliments, chauffage, chaîne du froid, éclairage, transports…) qui sont autant d’éléments majeurs de lutte contre la pauvreté. L’accès à l’énergie et surtout son absence constitue donc un marqueur des inégalités qui règnent sur nos sociétés, qu’on les observe à l’échelle globale et planétaire [Lire A la loupe] ou à une échelle plus locale.

Car il est tout aussi insoutenable de voir que la plupart des pays du continent africain possèdent un taux d’électrification inférieur à 20% que de savoir que la précarité énergétique concernerait en Europe entre 50 et 125 millions de personnes.

Questions techniques ?

Pour Denis Voisin, de la Fondation pour la nature et l’homme, il s’agirait avant tout d’un « problème de modèle », soit aller vers les EnR (énergies renouvelables) ou rester sur les solutions adoptées par les pays développés, à ses yeux « de fausses solutions. » En revanche, Jean-Eudes Moncomble, du Conseil mondial de l’énergie, estime pour sa part que la solution unique (du type EnR partout) ne saurait répondre aux particularités des situations : si le phovoltaïque par exemple peut rendre d’immenses services dans les zones rurales reculées, qu’en serait-il face à l’explosion de la demande énergétique des mégapoles situées dans les pays en développement, « un enjeu citadin majeur. »

Choix énergétiques, choix politiques

Pour M. Kadi, la question des choix énergétiques futurs, notamment pour les pays en développement, doit aller de pair avec un accompagnement significatif – et notamment financier – de la communauté internationale. Ce qui pour David Boys, de l’Internationale des services publics, (Lire aussi l’entretien page précédente), n’est pas sans poser la question des  partenariats public/privé dans la mesure où force est de « constater que l’économie de marché ne fonctionne pas » et que la plupart des traités internationaux « ne cherchent qu’à protéger les investisseurs. » Un constat sur lequel renchérit Gilles Pereyron, vice-président de Droit à l’énergie-SOS futur, pour qui « la précarité énergétique est, en France et en Europe, liée à la vague de privatisations du secteur. » Pour André Chassaigne, président du groupe Gauche Démocrate et Républicaine, « ces questions ne peuvent être déconnectées des questions de société. Ce qui signifie que les réponses, elles aussi, sont conditionnées par des choix de société. » A l’approche de la COP 21 et à l’issue de ce colloque, Valérie Gonçalvès, secrétaire de l’association, a réitéré le souhait de l’ONG de voir adoptée une Journée mondiale de l’accès à l’énergie durable pour tous, susceptible d’être reconnue par la communauté internationale – et notamment l’ONU – comme « un outil de mesure des progrès accomplis pour l’élargissement du droit à l’accès à l’énergie », dont la France pourrait assurer le leadership.

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